Partager :

JEAN HERVE

Rue de la République
36700 CLION SUR INDRE

Activités :
  • Deuxième transformation

Pionnier du bio en France, l’entreprise Jean-Hervé investit en Creuse

07/04/2017

 
Maïa Hervé a repris l’entreprise familiale créée par son père en 1976. De Clion dans l'Indre, l’entreprise Jean Hervé, spécialisée dans le bio, vient d’ouvrir un autre site à Boussac (Creuse).
 
Pionnier du bio en France, l’entreprise Jean-Hervé investit en Creuse

Maïa Hervé a choisi de délocaliser une partie de la production de Jean Hervé à Boussac, en Creuse : « La preuve qu’on peut réussir sans être dans une ville » © BARLIER Bruno     

« Le bio il y a 40 ans tout le monde en rigolait. Il y a 10 ans, on a commencé à se dire qu’il y avait un truc et aujourd’hui tout le monde s’y met ! ». Quand Maïa Hervé, gérante de l’entreprise familiale depuis 2010, se remémore le chemin parcouru par son père, Jean Hervé, pionnier du bio en France et disparu en février, elle ne cache pas sa fierté. « Je trouve qu’en partant de rien, à 26 ans avec ses trois kopeks et sa volonté, c’est un sacré bonhomme ! ».

Tout débute en 1976 en Savoie, dans le massif des Bauges. Adepte du régime macrobiotique et végétarien, Jean Hervé cherche un substitut bio au lait à donner à ses enfants. « Ça existait mais c’était tellement cher qu’il s’est dit qu’il pourrait le faire lui-même, explique sa fille. Il a commencé juste avec quelques purées d’amande complète et de sésame, dans 50 m², avec une poêlette et une meule, explique sa fille. Il allait acheter ses noisettes et ses amandes de Corse, au port de Marseille. »

La minuscule entreprise déménage dans la vallée de Chignin et s’agrandit de 150 m² avant de racheter les 1.200 m² de bâtiments à La Vie claire à Clion (Indre), en 1992. Un site qui fait aujourd’hui 6.000 m².

Si le nom de Jean Hervé fait aujourd’hui référence dans le marché du bio, c’est que l’entreprise travaille encore comme nulle autre. « Notre spécificité, c’est de broyer les produits à la meule de pierre et d’utiliser le feu de bois pour les toaster. Par souci organoleptique, nutritionnel, mon père pensait que la pierre et le feu étaient des éléments vivants qui permettaient de conserver l’énergétique des aliments, de garder une nourriture vivante… On ne fait pas qu’écrabouiller des choses. » Et encore aujourd’hui, pour perpétuer ce savoir-faire engagé, Maïa Hervé ne travaille qu’avec des meules en granite, qu’on utilisait dans les années 1950 et désormais introuvables. « Il faut que je les trouve d’occasion, donc j’ai des alertes chez tous les marchands de machines et dès qu’il y en a une, je l’achète, sourit la chef d’entreprise. L’avantage c’est que c’est increvable ! »

Marché de niche dans un marché de niche, Jean Hervé a su conquérir – avec la prouesse de n’avoir aucun commercial – le marché bio français et international. « Il y a deux ans, il a fallu que l’on se pose la question de l’avenir, confie Maïa Hervé. Le terrain de Clion était saturé et celui d’à côté, pas encore disponible à la vente. Je me suis dit tant qu’à changer, autant changer de région?! Et c’est vrai que le Limousin avait pour moi une image plus écolo, plus sensible à ce que l’on défend. »

La Creuse, qu’elle connaissait pour y être venue il y a une dizaine d’années, sera l’élue. « C’est vrai que j’avais eu un vrai coup de cœur. Je trouve que c’est magnifique et j’ai trouvé un autre état d’esprit ici… ». D’autant que Maïa Hervé n’a aucune envie de « s’entasser dans une zone industrielle ». En décembre 2014, elle achète donc cinq hectares à Boussac pour délocaliser une partie de la production, notamment les lignes les plus artisanales, qui demandent le plus de temps.

En chiffres. 6,5 millions d’euros ont été investis sur le site de Boussac dont 4 M€ dévolus au bâtiment et le reste à l’équipement et à l’aména-gement (implantée dans une zone AFR, l’entreprise a bénéficié de 800.000 € de la Région).

L’entreprise met en pratique ses convictions écologiques dans l’assiette comme dans sa manière de produire et le nouveau bâtiment creusois, baigné de lumière naturelle, a été conçu dans cet esprit. Équipé de panneaux photovoltaïques, « il va pouvoir produire 186 kW dont 86 en autoconsommation et 100 en revente », explique Maïa Hervé. Il possède en outre un puits canadien pour moduler la température et un système de récupération de chaleur. « Un échangeur vient récupérer la chaleur des poêlettes sur lesquelles on fait toaster les fruits et chauffe l’eau des sanitaires et du chauffage. »

 

 

Pour l’instant, le site creusois emploie 10 personnes depuis la mi-janvier : sept Creusois (es) et trois employés détachés du site indrien. Toutes les lignes seront bientôt opérationnelles et Maïa Hervé espère pouvoir embaucher davantage d’ici quelques années. « J’aimerais arriver à une quarantaine de personnes comme à Clion. Je trouve que ce sont de bons effectifs, on connaît encore les gens et ça reste familial. »

Même si l’usine creusoise possède autant de lignes que celle de Clion, elle ne produit pour l’instant que le quart du chiffre d’affaires. « On a donc du potentiel, on a acheté cinq hectares pour être sûrs de pouvoir pousser les murs?! ».

De père en fille. Depuis sa création, en 1976 en Savoie, l’entreprise s’est bâtie une solide réputation dans le monde du bio. Jean Hervé est décédé en février dernier et depuis 2010, c’est l’une de ses filles, Maïa, qui poursuit l’œuvre familiale. L’entreprise compte désormais un site de quarante employés à Clion (Indre) et un second qui vient d’être créé à Boussac (Creuse) avec 10 employés.

Source : Article La Montagne du 05/04/2017 par Julie Ho Hoa

Partager :